En Haïti, la justice semble de plus en plus s’éloigner de son rôle fondamental : protéger les citoyens et sanctionner les criminels. Ces derniers temps, plusieurs personnalités visées par des sanctions internationales, notamment du Canada et des États-Unis, ont vu leur dossier mystérieusement « blanchi » par la justice haïtienne. Une décision qui, loin de renforcer la confiance dans les institutions, ne fait que confirmer l’idée que la justice est sélective et captive des puissants.
Selon plus d’un, si la justice haïtienne peut déclarer innocents des individus dont la réputation est ternie par des accusations de corruption, de blanchiment d’argent ou de liens avec le crime organisé, alors il n’existe plus de coupables dans ce pays. Même les civils armés qui sèment la terreur, enlèvent et tuent au quotidien, pourraient être vus comme de simples innocents, victimes d’un système qui fabrique des justifications à tout prix.
Ce constat est alarmant : lorsqu’un caissier judiciaire peut effacer les traces d’un dossier compromettant par simple ordre ou pression, la justice cesse d’être un instrument de vérité et devient un outil de manipulation. Plus grave encore, cette pratique est normalisée par une culture politique où des individus influents, une fois placés dans l’administration publique, trouvent rapidement les moyens de « blanchir » leur passé.
Le paradoxe est choquant : pendant que des innocents croupissent en prison faute de moyens pour payer un avocat ou simplement pour voir leur dossier traité, des figures puissantes bénéficient d’un système de complaisance et de militantisme aveugle. Dans les rues, des groupes de partisans sont prêts à défendre leur « leader » pour un simple billet de 1 000 gourdes, criant leur loyauté à celui qui les exploite, pendant que la majorité de la population continue de souffrir dans le silence.
Cette situation met en évidence un cercle vicieux : une justice corrompue, une administration inféodée à des intérêts particuliers et une société qui, par nécessité ou ignorance, continue d’encourager ce système en militant pour des hommes et des femmes compromis. Tant que la justice restera sous contrôle politique et économique, Haïti ne connaîtra pas de véritable changement.
L’heure est venue de poser la vraie question : qui blanchit qui ? Et surtout, jusqu’où ira l’effondrement moral et institutionnel du pays ?
Magduel BEAUBRUN
