Le 14 août 1791, dans la nuit épaisse et secrète, des esclaves venus de différentes plantations du Nord se sont rassemblés au Bois Caïman. Sous la pluie battante, au rythme des tambours et des prières ancestrales, ils ont scellé un pacte de liberté. Ce fut plus qu’une cérémonie religieuse : c’était un acte de rébellion, une déclaration silencieuse mais ferme que l’esclavage devait cesser, coûte que coûte.
De cette nuit est née la plus grande insurrection d’esclaves de l’histoire moderne, donnant le coup d’envoi à la Révolution haïtienne et, treize ans plus tard, à la naissance de la première république noire indépendante. Bois Caïman fut le symbole d’une unité rare : différentes ethnies, cultures et langues se sont fondues dans un même combat, celui de briser les chaînes.
Aujourd’hui, 234 ans plus tard, que reste-t-il de cet esprit ? Trop souvent, nous oublions que notre nation est née d’un rêve collectif nourri par le courage, la solidarité et la vision d’un avenir meilleur. Ce serment d’août 1791 n’était pas seulement contre l’oppresseur d’hier ; il était pour la dignité, pour la justice, pour la prospérité.
Face aux défis actuels la division, la pauvreté, l’insécurité, nous avons besoin d’un nouveau Bois Caïman. Pas dans une forêt, pas sous la pluie, mais dans nos cœurs et nos esprits. Nous devons nous unir, dépasser nos différends et travailler ensemble pour reconstruire Haïti.
Le message est clair : l’histoire ne nous demande pas de répéter les mêmes batailles, mais de raviver le même esprit. Bois Caïman nous rappelle qu’aucune force, aussi grande soit-elle, ne peut vaincre un peuple qui se lève d’une seule voix pour sa liberté.
Aujourd’hui, engageons-nous, chacun à notre manière, à honorer ce serment : bâtir une Haïti digne, forte et unie. C’est le plus bel hommage que nous puissions rendre à ceux qui, en cette nuit d’août 1791, ont osé dire non à l’injustice et oui à la liberté.